V

Elric chevauchait, telle une statue géante et raide sur le large dos du coursier de Nihrain.

Son visage était un masque décharné, dénué d’émotions, dans lequel ses yeux brillaient comme des braises ardentes. Le vent fouettait ses cheveux, mais il restait immobile et droit, une main sur les rênes, l’autre sur la garde de Stormbringer.

Parfois Dyvim Slorm, qui portait Mournblade avec une fierté mêlée de méfiance, l’entendait gémir vers sa sœur et frémir à son côté. Plus tard, il devait se demander ce que la lame noire ferait de lui, ce qu’elle lui donnerait et ce qu’elle exigerait en échange. Par la suite il se garda de la toucher plus souvent qu’il n’était strictement nécessaire.

Alors qu’ils approchaient de la frontière de Myyrrhn, une bande de mercenaires dharijoriens, des natifs de Jharkor qui avaient revêtu l’uniforme de leurs conquérants, arrivèrent sur eux. C’étaient de repoussants gredins, qui auraient mieux fait d’éviter de se mettre en travers du chemin d’Elric.

Souriants, les plumes noires de leurs casques claquant au vent, ils ralentirent le pas dans le cliquetis viril des armures et des armes. Leur chef, un bravache avec un bandeau noir sur un œil et une hache à la ceinture, arrêta sa monture juste devant Elric.

Sur un ordre de son maître, le cheval de l’albinos s’arrêta docilement. Sans changer d’expression, Elric tira Stormbringer d’un geste délicat et précis. Dyvim Slorm l’imita, les yeux fixés sur les hommes qui riaient silencieusement, et fut surpris de l’aisance avec laquelle la lame quitta son fourreau.

Puis, sans porter de défi, Elric engagea la bataille.

Il se battit comme un automate, sans expression, avec une précision efficace. Il fendit l’armure du chef, de l’épaule à l’estomac, d’un seul mouvement déchirant à la fois le métal et la chair. Une longue plaie écarlate apparut dans l’armure et le chef mourut en pleurant, lentement, s’affalant d’abord sur sa monture puis glissant à terre, une jambe en l’air, retenue par l’étrier.

Stormbringer émit un ronronnement de plaisir métallique et Elric, promenant la lame autour de lui, tua froidement les cavaliers, comme s’ils eussent été enchaînés et sans armes, ils n’avaient vraiment pas une chance.

Dyvim Slorm, n’ayant pas l’habitude d’une lame douée de conscience telle que Mournblade, s’en servit d’abord comme d’une épée ordinaire, mais elle se tournait dans sa main pour frapper des coups plus habiles que lui. Un sentiment de puissance l’envahit, à la fois sensuel et abstrait, et, hurlant de triomphe, il comprit ce que ses ancêtres avaient dû être à la guerre.

Le combat fut vivement mené. Laissant derrière eux les corps sans âmes étalés sur la terre gelée, ils arrivèrent rapidement à Myyrrhn.

Elric avait depuis toujours repris possession de ses esprits, et il était redevenu capable de penser et d’agir de façon cohérente. Mais il ne s’en ouvrait pas à son cousin, et ne lui demandait rien, ce qui ne manquait d’ailleurs pas de le frustrer.

Elric laissa son esprit voguer dans le temps ; passé, présent et futur se rassemblèrent en un ensemble cohérent. Elric se méfiait de la cohérence et des formes fixes ; pour lui, la vie était chaotique, dominée par le hasard, imprévisible. Y voir un ensemble cohérent était une ruse, une illusion de l’esprit.

Il connaissait certains faits, et ne jugeait rien.

Il savait qu’il portait une épée dont, physiquement et psychologiquement, il dépendait. C’était la marque évidente d’une faiblesse, d’un manque de confiance en lui-même ou en la causalité. Il se croyait réaliste.

Il savait qu’il aimait, d’étrange et obscure façon parfois, Zarozinia, et qu’il donnerait sa vie pour la sauver.

Il savait aussi que, s’il voulait survivre et conserver la liberté pour laquelle il s’était battu, il devait aller jusqu’au repaire des Dieux Morts et y faire ce que la situation exigerait. Et il savait que, malgré ses sympathies pour le Chaos, il lui serait plus facile d’atteindre ses buts dans un monde régi par un minimum de loi.

Le crépuscule approchait, et le vent fraîchit. De lourds bancs de nuages bas se détachaient sur le fond d’un gris plus clair, pareils à des îles sur une mer nordique. L’air sentait la fumée ; au gazouillement ininterrompu des oiseaux vint se mêler un gai sifflement apporté par le vent.

Dyvim Slorm tourna son cheval dans la direction du son, pénétra dans les fourrés, y découvrit un enfant. Se penchant sur sa selle, il attrapa le gosse par le col et le souleva jusqu’à lui.

— D’où viens-tu, mon garçon ? lui demanda-t-il.

— D’un village, seigneur… à un ou deux milles d’ici, répondit l’enfant en se débattant.

Il regarda Elric avec surprise et effroi, fasciné par l’air sévère et impitoyable du grand albinos.

Il tourna des yeux exorbités vers Dyvim Slorm.

— N’est-ce pas Elric le Tueur d’Amis ? demanda-t-il.

Dyvim Slorm le lâcha et lui demanda :

— Où se trouve le Val de Xanyaw ?

— Par là, au nord-ouest. Mais ce n’est pas un lieu pour les mortels. Seigneurs, dites-moi, n’est-ce pas Elric le Tueur d’Amis ?

Dyvim ne lui répondit pas, mais regarda piteusement son cousin. Ensemble, ils prirent la route du nord-ouest, et Elric accéléra encore l’allure.

Ils chevauchèrent dans une nuit sinistre, secoués par un vent gémissant.

Aux approches du Val de Xanyaw, le ciel entier, la terre, l’air, s’emplirent d’une musique au rythme lourd et insistant. Les accords mélodieux et sensuels se renouvelaient sans cesse, et ensuite vinrent ceux aux blancs visages.

Chacun portait une cagoule noire et une épée se divisant en trois pointes recourbées. Tous souriaient fixement. La musique les suivit lorsqu’ils coururent comme des fous vers les deux hommes qui arrêtèrent leurs chevaux, et durent lutter contre eux-mêmes pour ne pas prendre la fuite. Elric avait vu dans sa vie bien des horreurs, bien des choses qui auraient rendu fou tout autre. Mais ceux-là… quelque chose les rendait plus affreux que tout. Ils avaient pourtant l’aspect d’hommes ordinaires, mais d’hommes possédés par un esprit impie.

Prêts à se défendre, Elric et Dyvim attendirent. Mais l’attaque ne vint pas. Les hommes passèrent devant eux et dans la direction d’où les deux amis étaient venus.

Au-dessus d’eux retentit soudain un battement d’ailes accompagné d’un hurlement gémissant propre à vous glacer d’effroi.

Puis deux femmes passèrent tout près d’Elric, qui dut se maîtriser pour ne pas trembler. C’étaient des femmes de la race ailée de Myyrrhn, et pourtant elles n’avaient pas d’ailes. Mais, contrairement à une femme dont Elric se souvenait, celles-ci avaient eu les ailes coupées. Sans prendre garde aux deux cavaliers, elles continuèrent leur fuite éperdue et disparurent dans la nuit.

Ces événements troublants les rendirent nerveux, et plus encore leurs chevaux.

— Qu’est-ce, Elric ? cria Dyvim Slorm, tenant la lame runique d’une main et tentant de maîtriser son cheval de l’autre. Que se passe-t-il ?

— Qu’en sais-je ?… Que se passe-t-il là où les Dieux Morts font régner leur loi ?

L’espace et la nuit étaient emplis de bruits de fuites précipitées, de mouvements et de terreur.

— Allons !

Elric frappa la croupe de sa monture du plat de son épée et l’envoya galoper plus avant dans la terrible nuit.

Lorsque les collines s’ouvrirent sur le Val de Xanyaw, un rire énorme les accueillit.

Alors se leva, de la terre même, semblait-il, un être immense enveloppé de lumière dorée, avec un visage simiesque auquel se mêlait de quelque façon un autre profil lui donnant une majestueuse et sauvage dignité. Il se tenait les poings sur les hanches ; son corps vibrait de lumières et de couleurs dansantes ; ses lèvres souriaient de délices et de connaissance. C’était Darnizhaan, le Dieu Mort.

— Elric !

— Darnizhaan ! cria Elric sauvagement, toute peur oubliée. Je suis venu reprendre ma femme !

Derrière le Dieu Mort se tenaient ses acolytes, aux lèvres épaisses et aux visages pâles et triangulaires, coiffés de toques coniques, le regard fou. Ils se trémoussaient, riaient, gigotaient dans la lumière étrange émise par le corps de Darnizhaan.

— Pitoyables suppôts, dit Elric en ricanant.

— Moins pitoyables que toi, Elric de Melniboné, dit le Dieu Mort en riant. Es-tu venu marchander, ou confier l’âme de ta femme à mes tendres soins pour qu’elle passe l’éternité à mourir ?

Elric contrôla sa haine.

— Mon instinct me pousse à te détruire, mais…

Le géant sourit, non sans pitié.

— C’est toi qui dois être détruit, Elric. Tu es un anachronisme ; ton temps est passé.

— Parlez pour vous-même, Darnizhaan !

— Je peux te détruire.

En dépit de sa haine passionnée, Elric éprouva un curieux sentiment de complicité pour le Dieu Mort. Tous deux appartenaient à un âge révolu, et n’avaient pas leur place sur la nouvelle Terre.

— Mais vous ne le ferez pas, dit-il.

— Alors, je vais la détruire.

— Zarozinia ! Où est-elle ?

Darnizhaan éclata d’un rire géant.

— Oh, où en est arrivé le Peuple Ancien ? Il fut un temps où aucun Melnibonéen, surtout de royale lignée, n’aurait admis une faiblesse pour une autre âme mortelle, surtout si elle était de la nouvelle race bestiale des Jeunes Royaumes. Comment ? T’accouples-tu avec des animaux, roi de Melniboné ? Où est ton sang, ton sang cruel et resplendissant ? Où, ta glorieuse malice ? Et le mal, Elric, le mal ?

D’étranges passions se réveillèrent en Elric et en Dyvim Slorm, et ils se souvinrent de leurs ancêtres, les Rois-Sorciers de l’Ile aux Dragons.

— Tout cela est passé ; la Terre est entrée dans une ère nouvelle, Dieu Mort. Notre temps s’achève bientôt… mais le vôtre est déjà bien passé !

— Non, Elric. Et quoi qu’il arrive, souviens-toi de ceci : l’aube est passée et sera bientôt balayée comme feuilles mortes par le vent du matin. L’histoire de la Terre n’a même pas encore commencé. Toi, tes ancêtres, et même ces hommes des races nouvelles, n’êtes qu’un prélude à l’Histoire. Lorsque l’histoire du monde commencera vraiment, vous serez tous oubliés.

— Je ne vous comprends pas, dit Elric avec obstination. Je suis venu marchander ou me battre pour libérer ma femme.

— Ah, Elric, s’esclaffa le Dieu Mort, tu ne comprends pas que nous ne sommes tous, dieux et hommes, que des ombres, des pantins jouant avant que le rideau ne se lève vraiment. Au lieu de me combattre, tu devrais devenir mon allié, car je connais la vérité. Nous avons une destinée commune. Nous n’existons pas vraiment. Nous sommes condamnés, nous les anciens, vous, moi, mes frères. Nous ne devrions pas nous battre entre nous. Partage notre terrible savoir, le savoir qui nous a rendus fous. Elric, il n’y a rien, ni passé, ni présent, ni avenir. Nous n’existons pas !

Elric secoua vivement la tête.

— Je ne vous comprends pas. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Je ne désire que retrouver ma femme, et non entendre des énigmes incompréhensibles.

Darnizhaan se remit à rire.

— Non ! Tu n’auras la femme que lorsque nous aurons les épées. Tu ignores leurs propriétés. Leur but n’était pas seulement de nous détruire ou de nous exiler, mais de détruire le monde que nous connaissons. Si tu les conserves, Elric, tu seras responsable d’avoir détruit à jamais le souvenir de ce que tu as été.

— J’en serais heureux, dit Elric.

Dyvim Slorm gardait un silence inquiet et troublé.

— Si tu gardes ces épées, continua Darnizhaan d’une voix pressante et presque terrorisée, ce sera comme si nous tous n’avions jamais existé.

— Qu’il en soit ainsi, dit Elric obstinément. Croyez-vous que je désire que l’on se souvienne de tout ce mal, de ces ruines, de cette destruction ? Que l’on se souvienne d’un homme aux veines déficientes, d’un homme que l’on appelait Tueur d’Amis, Tueur de Femmes et que sais-je encore…

— Elric, on t’a dupé. On t’a donné une conscience. Notre temps approche de sa fin.

— C’est parfait.

— Les limbes, Elric, les limbes. Sais-tu ce que cela signifie ?

— Peu m’importe. Où est ma femme ?

Elric ferma son esprit à la terrible signification des paroles du Dieu Mort. S’il écoutait, s’il comprenait, il était perdu. Il devait sauver Zarozinia, à n’importe quel prix.

— J’ai apporté les épées, dit-il, et je désire que l’on me rende ma femme.

— C’est parfait. Le sourire épanoui du Dieu Mort laissait deviner son soulagement. Si nous conservons ces lames au-delà de la Terre, sous leur forme véritable, nous pourrons maintenir les choses telles qu’elles sont. Dans tes mains, elles ne pourraient que nous détruire et te détruire, ainsi que ton monde et tout ce que tu représentes. Les bêtes régneraient sur le monde pendant des millions d’années avant l’avènement d’une nouvelle intelligence. Nous ne voulons pas de cela, mais c’eût été presque inévitable si tu les avais gardées.

— Taisez-vous ! hurla Elric. Prenez les épées, et rendez-moi ma femme !

Sur un ordre du Dieu Mort, quelques acolytes s’éloignèrent en sautillant allègrement. Ils revinrent bientôt en compagnie d’une Zarozinia hébétée de terreur.

— La voici. Maître, gloussa un des êtres.

Darnizhaan tendit ses deux mains lumineuses.

— D’abord, les épées.

Elric et Dyvim Slorm les mirent avec réticence dans ses immenses mains, et Zarozinia se précipita dans les bras de son mari. Elric la serra contre lui, trop troublé par les paroles du Dieu Mort pour pouvoir parler. Il la tint longtemps ainsi, puis se tourna vers Dyvim Slorm, criant :

— Voyons si notre plan est efficace, cousin !

Elric regarda fixement Stormbringer, que le Dieu Mort tenait dans sa grande poigne.

 Stormbringer ! Kerana soliem, o’glara…

Dyvim Slorm aussi appela Mournblade dans la Langue Sacrée de Melniboné, langue magique et mystique qui avait servi à jeter des runes et conjurer des démons tout au long de dix mille années de l’histoire de Melniboné.

Ensemble, ils commandèrent aux lames, comme s’ils les eussent tenues dans leurs propres mains. Criant des ordres, ils se mirent à l’œuvre.

C’était cela, la qualité particulière que ces lames manifestaient lorsqu’elles étaient engagées dans un combat commun.

Les lames se tordirent dans les mains lumineuses de Darnizhaan. Surpris, il recula. Sa forme changea, tantôt humaine, tantôt bestiale, tantôt inconcevable. Et, tout dieu qu’il était, il était visiblement épouvanté.

Les épées se détachèrent de l’emprise de ses mains et se tournèrent contre lui. Elles fendirent l’air, et il se battit contre elles, et elles l’attaquèrent férocement, avec des hurlements triomphants et maléfiques.

Obéissant aux ordres d’Elric et de son cousin, Stormbringer et Mournblade, armes surnaturelles, frappèrent l’être surnaturel en lui infligeant des dommages épouvantables.

— Elric, supplia le Dieu Mort, Elric… tu ne sais pas ce que tu fais. Arrête-les ! Arrête-les ! Tu aurais dû m’écouter plus attentivement. Arrête-les !

Mais dans sa haine malveillante, Elric les encouragea à plonger encore et toujours dans l’être du dieu, dont la forme s’altérait étrangement, pâlissait, et dont les splendides couleurs se fanaient. Convaincus que leur maître était perdu, les acolytes s’enfuirent dans le Val.

Leur maître, lui aussi, en était convaincu. La substance de son être se défaisait sous les coups des lames ; des lambeaux s’en détachèrent pour aller se fondre dans la nuit.

Vicieusement, férocement, Elric encourageait les épées, et Dyvim Slorm se joignit à lui, empli d’une joie cruelle en voyant la destruction de l’être de lumière.

Et lorsque enfin il ne resta plus rien, les épées regagnèrent les mains de leurs maîtres, satisfaites et repues.

Pris d’un tremblement soudain, Elric se hâta de rengainer Stormbringer.

Un grand calme se fit dans le Val de Xanyaw.

Stormbringer
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